Georges Monarque est né à Sorel le 6 juillet 1893. Il est le fils de l'industriel Alfred Monarque et de Cordélia Pontbriand. Après ses études classiques au Séminaire de Joliette, il fait ses études de droit et est admis en janvier 1921. Il exerce sa profession à Montréal et, en avril 1926, il est nommé greffier de la Cour des sessions de la paix de Montréal. Intéressé par l'histoire, il présente ses études devant la Société historique de Montréal. Il meurt à Montréal le 8 avril 1946. Il avait épousé Gabrielle Pouliot le 12 octobre 1926.
La Place Georges-Monarque, dans le secteur Rivière-des-Prairies de la ville de Montréal, perpétue sa mémoire.
Dans son ouvrage Un général allemand au Canada (le baron Friedrich Adolphus von Riedesel), Monarque fait une description saisissante des raisons et des conditions de l'installation du baron Riedesel et de sa famille à Sorel. J'en fournis ici quelques extraits. Cependant, rien ne vaut la lecture de l'ouvrage maintenant disponible en texte intégral sur la Grande Toile. (La Bibliothèque nationale du Québec rend le texte intégral de ce livre accessible sur le Web - télécharger en format PDF - 6.2 megs)
Extraits de l'ouvrage de Monarque
1. SUR LES CIRCONSTANCES DE L'INSTALLATION DU BARON RIEDESEL À SOREL EN 1781
(NOTE: Dans son texte, Monarque cite abondamment les Mémoires de l'épouse du baron Riedesel, Friederike Charlotte Louise von Massow et des propos du gouverneur Haldimand. Passages entre guillemets et en italique.)
Riedesel à Sorel
Madame Riedesel demeura quatre semaines, à Québec, à la magnifique résidence du général Haldimand. "On avait fait de grands changements à la maison du gouverneur qui, auparavant, ressemblait à une caserne. Il l'avait meublée et garnie dans la goût anglais et bien qu'il n'ait été ici que cinq ans, déjà ses jardins étaient remplis de fruits de choix et de plantes exotiques qu'on croyait à peine pouvoir croître sous ce climat. Il avait, toutefois, profité d'une excellente position au sud. La maison se trouvait sur une hauteur, presqu'à la cîme.”
“Pendant ce temps, le général Haldimand monta à Sorel avec mon mari pour lui montrer où il devait s'établir dans cette ville. Rendu là, il lui dit avec beaucoup d'amitié, qu'il regrettait fort que nous ayons à résider dans de si misérables logis, mais que, ce poste étant d'une importance considérable, il ne connaissait personne d'autre capable de le remplir. Comme il ne pouvait pas nous faire construire une maison immédiatement, il en acheta une dont les murs venaient d'être terminés. Il donna néanmoins, des ordres pour que tout fut prêt pour nous recevoir à la veille de Noël, et nous pria de donner notre avis pour l'arrangement des pièces.”
Sorel était, après Québec et Montréal, la plus importante place forte du Canada. Situé à l'embouchure de la rivière Richelieu, ce poste déjà fameux depuis les débuts de la colonie, commandait le lac Champlain, ainsi que les rivières Yamaska et St-François qui se jettent un peu plus bas dans la lac St-Pierre et servaient alors de route favorite aux espions américains. Déjà, en 1778, Haldimand avait conseillé à Lord Germaine l'achat de la Seigneurie de Sorel. “La Faculté de communiquer si aisément avec toutes les parties de la province par voie d'eau, lui donne un avantage singulier, soit pour avancer soit pour retraiter, et il est absolument nécessaire d'y avoir un corps aussi considérable que possible, du fait qu'elle couvre les deux avenues du lac Champlain et du St-François, que les rebelles ont beaucoup utilisées, leurs terres, à cet endroit, avoisinant celles des Canadiens de beaucoup plus près que tout autre dans la colonie. Ce voisinage est le plus dangereux pour vous à cause d'une Tribu d'Indiens domiciliés sur cette dernièrerivière et qui commencent à être ingouvernables et sont, on le craint, alliés aux Rebelles. En conséquence, c'est mon intention si les circonstances et le temps me favorisent, de faire de Sorel une place forte avec les travaux permanents que son importance requiert. La Seigneurie de l'endroit appartient à des Marchands d'Angleterre, et ses habitants (Haldimand parle ici des Loyalistes) population remarquable par son courage et sa décision, se sont distingués par leur attachement au gouvernement, même à l'époque où les Rebelles étaient maîtres du pays, en reconnaissance de quoi, je pense qu'il serait dans l'intérêt du Roi de leur donner quelques marques de faveur publiques, telle que la remise des rentes qu'ils paient aux Seigneurs pour leurs terres. Et comme la seigneurie est à vendre, pour un prix n'excédant pas £ 3 000, auquel elle a déjà été offerte, je soumets à Votre Excellence, s'il ne serait pas mieux de donner ordre de traiter immédiatement avec les Propriétaires, Messieurs Greenwood et Wigginson, marchands de Londres.”
Les Loyalistes
Le 13 novembre 1781, le gouvernement achetait, en effet, la Seigneurie, par devant Mtre Ringuet, à Montréal, pour la somme de £ 3 300. Haldimand, afin de donner suite à son projet d'en faire une barrière à l'entrée de la province, l'avait déjà peuplée de Loyalistes, dont Sorel comptait au delà de 70 familles, en 1777, sur une population totale de 1 500 âmes. Pour augmenter encore leur nombre, il divisa la Seigneurie en petit lots de 60 acres, chaque acquéreur devant avoir, en plus, un lot de ville à Sorel et la balance de quelque 200 acres à la baie des Chaleurs ou à Cataracoui (Kingston).
Le gouverneur, qui “passait à Sorel la plus grande partie de son temps”, réalisa promptement ses plans de fortifications, dès qu'il eut l'acquiescement de Londres. Aux redoutes temporaires qu'il y avait établies dès le début, il ajouta d'autres constructions plus durables, des magasins pour l'armée, des casernes et fit aussi creuser le port pour faciliter l'atterrissage et la navigation. (...)
2. À SOREL: LA RÉSIDENCE DES RIEDESEL
Madame Riedesel était venue retrouver son mari, à Sorel, vers la mi-octobre, pendant la construction de leur résidence. “ En attendant, dit-elle, nous logeâmes chez un habitant de l'endroit. On mit notre plan à exécution et, à notre grand étonnement, nous pûmes manger notre pudding de Noël, plat avec lequel les Anglais célèbrent toujours la Noël, dans notre nouvelle maison, bien que les arbres et les planches qui servent à la construction, ne furent abattus et sciés qu'à notre arrivée.”
Pendant que le général parcourait les routes de son district avec ses inquiétudes, Madama Riedesel restait à Sorel dans sa solide demeure si bien chauffée “que, malgré le rude hiver de cette année là, on s'aperçut à peine du froid”. Tout au plus si le bois vert qu'on avait employé pour la construction de la maison, déchirât-il le joli papier à muraille en séchant et laissât-il passer quelques petits courants d'air. Madame y jouissait de toutes les commodités. “Nous avions une grande salle à dîner, et, tout près, une jolie pièce pour mon mari, contigue à notre chambre à coucher: ensuite, une coquette petite chambre d'enfant avec laquelle communiquait une chambre pour notre aînée; enfin, un grand et beau salon que nous utilisions comme boudoir. Le vestibule ressemblait plutôt à une belle pièce. De chaque côté, il y avait des bancs, et, au milieu, un grand poêle, dont les solides tuyaux se prolongeaient au plafond et chauffait toute la maison. Au dessus, il y avait encore quatre chambres: une pour nos servantes; une autre pour nos serviteurs et deux autres pour les amis. Au printemps 1782, on construisit deux couloirs, l'un de la maison à la cuisine et l'autre, à la buanderie. La salle de garde se trouvait au-dessus de cette dernière.”
SOURCES : George Monarque, Un général allemand au Canada (le baron Friedrich Adolphus von Riedesel)